Crédal: du microcrédit pour se soigner

Comme déjà relevé dans le dossier, faute de moyens, un certain nombre de Belges renoncent à se soigner. Si les CPAS, dans la mesure de leurs possibilités et de leurs moyens, peuvent venir en aide aux plus vulnérables, une autre piste pourrait être celle du microcrédit aux particuliers proposé par Crédal. Une solution qui ne répond pas à l’idée d’accessibilité des soins de santé que l’on voudrait universelle, mais qui peut être un moyen de pouvoir se soigner, en étalant des dépenses trop lourdes à supporter pour un certain nombre de ménages.

«Je suis myope et astigmate. Une paire de lunettes adaptée à ma vue coûte plus de 500 euros. Avec mes petits revenus, je ne pouvais pas me permettre cet achat, et aucune banque ne voulait m’aider. Grâce à Crédal, j’ai enfin pu choisir les montures qui me plaisaient, avec des verres correcteurs et cela me soulage beaucoup», explique Océane dans le Crédialogue, la gazette de l’organisme prêteur social.

Il faut savoir que dans le cadre du crédit social accompagné que propose Crédal depuis de nombreuses années, figurent les soins de santé aux côtés d’autres biens utiles et nécessaires à la vie en société, comme un véhicule pour se rendre au travail, l’amélioration du confort de son logement, le suivi d’une formation en langues ou pour l’obtention d’un permis de conduire ou encore du matériel adapté pour personnes handicapées. Ces prêts ne sont pas destinés à constituer une réserve d’argent, à regrouper des crédits existants, à payer des arriérés de factures ou à l’achat d’un logement.

Les conditions d’octroi de ces microcrédits sont bien définies: pour être éligible au crédit social accompagné de Crédal, il faut accéder difficilement au crédit bancaire ordinaire, être bénéficiaire d’allocations sociales ou disposer de revenus professionnels faibles (revenus mensuels de 1.445 euros pour un isolé, de 1.965 euros pour un ménage au maximum, après déduction du loyer ou du prêt hypothécaire et de 260 euros par enfant à charge), avoir néanmoins un montant disponible pour rembourser le prêt et résider à Bruxelles ou en Wallonie). Comme son nom l’indique, le crédit octroyé est accompagné, c’est-à-dire que l’analyse du budget est approfondie pour s’assurer d’une prise de risque minimale en matière d’endettement et parce que des conseillers encadrent les démarches en vue de l’obtention du prêt et ensuite dans le cadre du remboursement, si nécessaire.

Pour quels types de soins?

Comme l’explique Geneviève Hallet, coordinatrice du microcrédit aux particuliers, «en matière de soins de santé, nous accordons des crédits uniquement s’il y a déjà une intervention de la mutuelle: c’est un critère qui nous permet de discriminer ce pour quoi nous accordons notre aide ou non. Bien sûr, c’est souvent quand les interventions sont très peu élevées que la nécessité d’un prêt se fait sentir et c’est là que nous sommes utiles en permettant d’accéder aux montants requis pour un appareillage, une intervention, du matériel médical. Je pense évidemment aux lunettes dont le coût peut être important, tout comme les appareils auditifs, dont les coûts sont également élevés et pour lesquels on nous demande fréquemment des prêts. L’orthodontie est également dans la liste des sollicitations. La question des implants dentaires est plus épineuse, car les coûts pour de tels dispositifs sont très importants. 2.000 à 3.000 euros par implant. Quand il s’agit de remplacer plusieurs dents, les montants s’envolent. Or les prêts que nous octroyons pour des frais médicaux sont limités à 5.000 euros. En outre, ces opérations sont délicates, car elles ne sont pas toujours couronnées de succès. Par ailleurs, d’autres solutions, comme les bridges, les dentiers, sont toujours pratiquées: l’arbitrage est parfois difficile à faire entre le nécessaire et des dépenses excessives. Nous intervenons également pour des interventions chirurgicales ou reconstructrices: je pense par exemple aux by-pass gastriques en cas d’obésité ou aux interventions liées à une transition de genre. Nous n’accordons pas de prêts pour des raisons purement esthétiques. Enfin, nous devons aussi être attentifs au détournement de ce prêt à d’autres fins et nous assurer que les soins ont bien été effectués.»

N. Cobbaut