On a déjà évoqué l’achat immédiat avec paiement différé et/ou fractionné, comme une modalité de paiement dangereuse pour le portefeuille et potentiellement addictive[1]. Une pratique à encadrer, afin d’en limiter les dégâts. Il y a peu le ministre de la Protection des consommateurs a rappelé certains principes, tandis que la transposition de la Directive sur le crédit à la consommation pourrait changer la donne.
Le BNPL (ou Buy now pay later) est une pratique de plus en plus courante sur les sites internet, mais également dans les commerces physiques. Il est notamment utilisé pour acheter des produits de la fast fashion et d’autres biens d’appel, mais il gagne d’autres sphères comme le monde du spectacle (places de concert, festivals…), mais aussi celui du voyage (billets d’avion ou location d’un gîte, à régler en plusieurs fois).
Arrivé sur le marché à la même période que le Covid, qui a boosté les ventes en ligne, il s’est répandu de manière très contagieuse, et ce, particulièrement auprès des jeunes. Dans une étude de 2024, l’AB-REOC signale que 28,5% des moins de 24 ans ont déjà utilisé ce système. Selon l’enquête réalisée par Ipsos auprès de 1.500 consommateurs âgés de 16 à 75 ans, 17% des utilisateurs de ce paiement différé ont été contactés par une société de recouvrement, et, parmi eux, les jeunes utilisateurs de moins de 24 ans l’ont été davantage: 24% ont eu affaire à une telle société[2]. Ces mini-crédits et paiements fractionnés posent donc des difficultés de paiement aux usagers. Autre donnée, venant cette fois d’outre-Quiévrain: les chiffres de la Banque de France relatifs au surendettement des moins de 30 ans, qui présenteraient une augmentation de 36% du nombre de dossiers déposés par ces jeunes, en 2025 (de 12.500 en 2024 à 17.000 l’an dernier). La hausse serait encore plus forte pour les 18-25 ans, avec une augmentation de 65% en 2025 et pas moins de 5.000 dossiers déposés l’an dernier par cette tranche d’âge. Selon Hélène Arveiller, directrice adjointe des services aux particuliers de la BDF, relayée par le journal Libération, «un tiers des dossiers qui contenaient des paiements fractionnés ou des minicrédits étaient souscrits par des jeunes de moins de 35 ans»[3].
Une annonce surprenante
Chose plus inquiétante, ces mini-crédits et paiements fractionnés seraient également utilisés par des mineurs, ce qui a poussé le gouvernement fédéral à annoncer qu’il va serrer la vis. En effet, en marge des travaux de transposition de la Directive européenne sur le crédit à la consommation, le ministre de la Protection des consommateurs Rob Beenders (Vooruit) a annoncé que les applications d’achat telle Klarna ne pourront plus accepter de clients mineurs. Une déclaration un peu surprenante, étant donné que les mineurs n’ont jamais eu le droit de contracter lorsqu’il s’agit d’un crédit. L’idée semble donc d’inscrire en toutes lettres cette interdiction dans le Code de droit économique, pour ceux qui n’auraient pas bien capté.
Autres mesures plus significatives: en cas de non-respect, les contrevenants s’exposeront à des amendes pouvant aller jusqu’à 800.000 euros ou 6% de leur chiffre d’affaires annuel. «Et si les services BNPL ne se soumettent pas à la législation, nous leur imposerons alors le recours à des applications telles que Itsme ou MyGov», a averti le ministre Beenders. Et pourquoi pas d’emblée ?
Davantage de protection, à partir de novembre 2026
Autre modification législative contenue dans la Directive européenne sur le crédit à la consommation: l’application des dispositions de protection relatives à l’octroi de crédits, notamment l’enquête de solvabilité, qui ne s’appliquent pas aujourd’hui ni aux paiements fractionnés (Art. VII.3 §1 CDE) ni aux crédits de moins de 200 euros (Art. VII.3 §2 CDE).
La transposition de cette Directive en droit belge devrait mettre fin à ces exceptions: ces opérations seront considérées comme des crédits à part entière, avec toutes les conséquences procédurales que cela implique.
N. Cobbaut
[1] Cédric Dony, «Klarna: paiement différé, endettement postposé», in: Échos du crédit et de l’endettement n°86 de mars 2025.
[2] Virginie Van Overbeke et Anissa Doucene, «Les systèmes de post-paiement, la pente glissante vers le surendettement?», AB-REOC, 2024. À télécharger sur le site du SPF Économie: https://economie.fgov.be/fr/publications/les-systemes-de-post-paiement
[3] Libération, 17/2/2026.