Une pièce de théâtre “In-yer-face” sur le surendettement

Jess et David s’aiment d’amour tendre, mais leur couple part à la dérive, de trop vouloir posséder. Elle rêve d’un sac hors de prix, lui d’une bagnole grand luxe. Chacun dans ses extrêmes va finir par mettre en péril vie commune, couple et valeurs respectives. Jusqu’à la mort… Au Théâtre de Poche jusqu’au 5 mai, ensuite au Théâtre de l’Ancre, du 15 au 18 mai, et à la Maison de la Culture de Tournai, les 23 et 24 mai

Face au rouleau compresseur de la consommation et de la possession matérielle, c’est le pire de chacun de nous qui peut ressortir. “Love & Money” s’interroge sur ce qui subsiste de notre humanité lorsque l’argent prend le pas sur l’amour. Avec un cynisme qui glace, un humour plus que grinçant, la question des dettes est abordée de manière radicale, dans ce qui nous touche au plus profond. Au travers de huit saynètes qui s’entrecroisent et finissent par tirer le fil d’une histoire sordide, six acteurs se succèdent sur le plateau. Ils campent des situations où tous et chacun se voient posséder par une folie matérialiste qui efface le sens et les valeurs au profit du seul leitmotiv commun aujourd’hui, l’argent.  Comme le souligne le dossier de presse du Théâtre de Poche, les questions suivantes se posent: “Et si nous nous laissions aller aux joies du consumérisme, si on ouvrait les vannes, si rien ne nous retenait, ni notre éducation, ni notre morale, ni nos valeurs ? Quels fous furieux, quels barbares pourrions-nous devenir ?”.  Les protagonistes ne sont pas démunis, ils disposent d’un niveau de vie et d’études élevés, mais les dettes les écrasent, les broient et les déshumanisent. Les rapports de force, les frustrations, la convoitise, l’exaspération, le désespoir fusent dans un flux verbal extrêmement soutenu. Le metteur en scène, Julien Rombaux, tient à ce rythme, tel un ping-pong verbal qui s’empare du spectateur, l’embarque et vient soutenir le caractère syncopé de la narration de la pièce. S’y mêlent également les choix stylistiques de l’auteur, Dennis Kelly, auteur anglais qui expérimente l’esthétique “In-yer-face”, forme théâtrale née au Royaume-Uni dans les années 1990. On le qualifie souvent de  “théâtre de la provocation”, “théâtre coup de poing” ou encore “néo-brutalisme”, avec l’utilisation de formules crues, un jeu assez radical ou de propos choquants, pour aller chercher le spectateur, le capt(ur)er, l’attraire sur la scène. La mise en scène de Julien Rombaux n’a rien d’extrême, mais est parcourue d’une réelle tension.