Une campagne, des objectifs, des outils et des témoignages

Initiative du Gouvernement fédéral et avec le soutien du SPF Économie, du SPP Intégration sociale et des ministres Vandenbroucke, Beenders et Verlinden, la campagne « Stop aux dettes » a été mise au point par des acteurs de terrain, soit le Centre d’appui aux services de médiation de dettes (CAMD), l’Observatoire du crédit et de l’endettement (OCE), le réseau belge de lutte contre la pauvreté (BAPN) et le Steunpunt Mens en samenleving (SAM). Cette campagne constitue l’une des mesures du cinquième Plan fédéral de lutte contre la pauvreté et les inégalités, au même que la future réforme du règlement collectif de dettes (RCD), celle du Secal ou l’encadrement des pratiques des huissiers. Un colloque s’est déroulé le 16 septembre, jour de lancement de la campagne. Voici les grandes lignes de cette campagne de prévention et d’information

C’est le 16 septembre que la campagne fédérale « Stop aux dettes » visant à prévenir et informer sur le surendettement a été officiellement lancée, pour se prolonger jusqu’au 16 octobre. Elle constitue une des mesures du 5e Plan Fédéral de lutte contre la pauvreté et la lutte contre les inégalités.

Lors de cette journée de réflexion, une étude sur la prévention du surendettement réalisée par l’Observatoire du crédit et de l’endettement a également été présentée (voir article pages 14 à 18). Cette étude, commanditée par le SPF Économie, a été financée dans le cadre de l’ex-Fonds du surendettement, supprimé par la loi-programme du 26 décembre 2015 pour être intégré à cette date au sein du SPF Économie. Ce fonds, alimenté par des cotisations versées par des créanciers (prêteurs, sociétés de télécommunications, Commission des jeux de hasard), avait été créé afin de prendre en charge les honoraires et frais des médiateurs judicaires de dettes qui ne peuvent pas être pris en charge par la personne en RCD. Cette possibilité a été maintenue et se réalise via la plateforme DebtMediation. Mais ce Fonds avait également pour mission le financement de mesures d’information et de sensibilisation relatives au surendettement. Étant donné le budget largement bénéficiaire de ce service[1] au vu de sa sous-utilisation pour les honoraires et frais des médiateurs, cette étude a pu ainsi être prise en charge.

Les messages de la campagne

Si la base line de cette campagne sur la page d’accueil : « Les problèmes de dettes ça peut arriver à tout le monde » peut soulever quelques interrogations (voir l’Édito page 3),

d’autres messages forts y figurent également :

  • « Ce n’est pas forcément votre faute » : revenus trop bas, coût de la vie élevé ou pratiques abusives de l’industrie de la dette aggravent la situation. Le surendettement peut résulter de causes extérieures et n’est pas un échec personnel.
  • « Faites valoir vos droits » : Même avec des dettes, vous gardez des droits fondamentaux et la loi vous protège. Des mécanismes vous protègent, notamment face aux frais illégitimes de recouvrement réclamés par certains créanciers.
  • « Agissez dès maintenant » : N’attendez pas d’être dans une impasse ou que la peut vous fige avant de chercher de l’aide. Plus vous entamez les démarches tôt, plus il sera simple de trouver de solutions de trouver des solutions adaptées.

La campagne de prévention du surendettement poursuit cinq objectifs : sensibiliser et prévenir le grand public et les personnes en situation de vulnérabilité, informer et orienter en présentant les aides existantes disponibles et les mécanismes de prévention, déconstruire les préjugés en luttant contre la honte, la stigmatisation et les discours culpabilisants, mieux protéger en proposant des recommandations concrètes pour mieux défendre les personnes, encourager le dialogue entre les citoyens, les professionnels et les décideurs politiques.

Des outils pour communiquer

Pour attendre le public et déployer ces messages, plusieurs médias ont été utilisés.

Tout d’abord un site web (https://stop-aux-dettes.be) qui reprend les messages de cette campagne, mais qui a également pour objectif de renseigner où le particulier en difficultés financières peut trouver de l’aide. Étant donné qu’il existait déjà de tels instruments dans les différentes Régions, le portail Stop aux dettes renvoie vers trois autres sites : budgetwijzer.be pour la Flandre, tropdedettes.be pour Bruxelles et surendettement.wallonie.be pour la Wallonie. Des numéros de téléphone et des e-mails sont également renseignés : https://stop-aux-dettes.be/trouver-de-laide/.

Des vidéos de témoignages réalisées par l’asbl Gsara sont également reprises sur le site-portail, dans lesquelles cinq personnes ont accepté de partager leur parcours (voir ci-après pour plus d ’informations sur ces cinq témoignages).

Menée du 16 septembre au 16 octobre 2026, une campagne sur les réseaux sociaux (Facebook, Linkedin et Instagram) reprend des formats courts des vidéos de témoignages, ainsi que des messages de la campagne. L’objectif : voir ces vidéos partagées sur les réseaux pour toucher le plus de personnes possibles.

Des témoignages pour mieux comprendre

Bianca, Christine, Kees, Nadia et Véa ont accepté de témoigner face caméra pour expliquer leur trajectoire et les difficultés qui se sont dressé sur leur route et les ont menés au surendettement. Tous ont été ou sont encore en RCD et parlent de leur expérience de cette procédure.

Bianca est originaire de Bruges. Elle a suivi des études d’infirmière mais n’a pas poursuivi dans cette voie. Après une formation en vente et étalage et de petits boulots, elle ouvre une vidéothèque et achète un bien immobilier avec son compagnon. Rattrapée par les offres de streaming à domicile, son commerce fait faillite et dans le même temps, son couple explose. Elle souhaite se dégager de la propriété de ce bien immobilier acheté avec son ex-compagnon, mais mal conseillée, elle pense que la situation est réglée, or ce n’est pas le cas. Sa préoccupation est que ses enfants n’héritent pas de ses dettes. Elle accepte alors d’entrer en RCD, mais là encore, la malchance la poursuit : le médiateur de dettes désigné ne s’occupe pas de son dossier, ne paye pas les dettes et après trois ans, celui-ci est remplacé mais il faut recommencer à zéro la procédure qui s’étalera sur sept ans de plus. Heureusement le nouveau médiateur de dettes est à l’écoute, répond aux mails qu’elle envoie, se préoccupe de trouver des solutions en cas de difficultés. Mais ce qui lui est laissé lui permet juste de survivre. Le médiateur constitue pour elle une petite épargne, elle espère pouvoir partir en vacances avec sa fille quand le RCD sera terminé.

Christine, elle, a 58 ans et vit à Gand. Ayant débuté un travail d’aide-soignante très jeune, elle n’a pas de diplôme et ne peut poursuivre dans cette profession. Elle travaille alors comme femme de ménage dans la même maison de repos. Elle est très vite rattrapée par des problèmes de santé multiples qui entraînent des problèmes financiers. Au décès de son compagnon, atteint d’un cancer en plein période Covid, elle appelle les pompes funèbres, ce qui a pour conséquence qu’elle est désormais redevable des dettes de celui-ci, en plus des siennes. Elle aussi se voit conseiller le RCD pour sortir des difficultés, mais elle vit cela très mal, parle également de survie avec 350 euros pour les dépenses de la vie quotidienne et 30 euros pour ses médicaments. Pour le reste, plus aucune autonomie, plus de marge de manœuvre et aucune possibilité de mettre de côté pour aller voir ses enfants à l’étranger.

Kees, pour sa part, est né aux Pays-Bas, puis vient vivre en Belgique avec sa famille à l’âge de six ans. Très jeune, il travaille dans la métallurgie, puis dans le transport routier. Pendant trente ans tout se passe bien mais des problèmes de dos et de hanche l’empêchent de continuer à travailler et les allocations d’invalidité s’amenuisent au fur et à mesure des années. Les problèmes financiers s’accumulent, entraînant l’expulsion de son logement et des saisies mobilières. En se rendant au CPAS, on lui conseille un RCD. Même si ce n’est pas facile, Kees respecte les conditions, se charge d’honorer toutes les factures sauf celles dues aux créanciers, payées par l’avocate. Il se sent protégé. Il reçoit une aide alimentaire dans une association qui lui propose de faire du bénévolat, ce qui le sort de son isolement social.

De son côté, Nadia vit à Bruxelles. Après des études en milieu hospitalier, elle se marie et a des enfants, mais ne travaille pas : quand elle se sépare du père des enfants, elle retourne travailler et doit s’occuper de tout. Comme maman solo, elle n’arrive pas à tout gérer avec un seul salaire. Très vite, les factures s’accumulent, puis les rappels. Les huissiers arrivent, les saisies sur salaire se succèdent. Elle est dépassée et perd son estime de soi. Elle se sent humiliée, mal considérée. Ses enfants craignent les sonnettes des huissiers. Les dettes ne cessent d’augmenter. Malgré la honte, elle se rend au CPAS, sur le conseil d’une amie, explique la situation et la médiatrice de dettes lui conseille un RCD. Avec l’avocate, le contact passe bien, elle la rassure, lui laisse un pécule qui lui permet de vivre dignement. Elle rencontre également un des fils de Nadia pour lui expliquer la situation. Sept ans c’est long, mais cela va passer vite et les difficultés seront derrière elle.

Véa, quant à elle, a 45 ans et vit à Liège. Après des études en psychologie, elle travaille dans les ressources humaines. Indépendante au moment du Covid, elle voit son entreprise complètement à l’arrêt à cause des confinements. Très vite elle n’arrive plus à payer ses factures et les créanciers exigent leur dû. Impôts, TVA, secrétariat social, assurance, leasing… : la situation la paralyse et elle se retrouve en burn-out. Pour s’en sortir, là-aussi, on lui conseille un RCD, mais le système est hyper-froid, impersonnel. Le pécule qui lui est laissé ne permet aucun loisir, aucune vacance, même pas de quoi aller prendre un verre. Véa se sent en hypervigilance et tente de se sortir de la précarité. On lui a vendu l’entreprenariat comme l’eldorado. Elle se sent loin du compte…

Nathalie Cobbaut

[1] https://economie.fgov.be/sites/default/files/Files/Financial-services/service-surendettement-statistiques-2022.pdf

Encadré

Donner la parole aux premiers concernés

 Caroline Van der Hoeven est coordinatrice du BAPN, le réseau belge qui représente aux niveaux fédéral et européen les quatre réseaux régionaux de lutte contre la pauvreté. Son organisation a participé avec trois autres partenaires à la mise en œuvre de la campagne « Stop aux dettes » et du colloque du 16 septembre, soit le CAMD, l’OCE et le SAM qui s’adressent aux services de médiation de dettes des trois régions du pays.

Elle nous parle de la campagne et du colloque :

« La première chose qui nous semblait essentielle était de mettre au centre des préoccupations les personnes concernées par les difficultés financières et de leur donner la parole. C’est une valeur démocratique importante que de parler de ces sujets avec les personnes les premières concernées, en tenant compte de leurs besoins. Il nous semblait aussi fondamental d’aborder cette question en-dehors de toute stigmatisation, sans mettre en cause les personnes, sans parler de faute, car c’est bien souvent ces sentiments qui empêchent les personnes surendettées d’aller demander de l’aide. La honte les éloigne de l’aide, parfois pendant de longues années et pendant ce temps, la situation empire nécessairement. Au contraire, plus vite la personne cherche de l’aide, plus les chances sont grandes de régler la situation et ce, de la manière la moins invasive possible.

Cette dimension de stigmatisation, il nous semblait aussi important de la partager avec le monde politique pour mettre en place des solutions qui en tiennent compte. Cette campagne fait partie du 5e Plan de lutte contre la pauvreté, laquelle contient de nombreuses mesures positives, notamment en matière de réforme du RCD, mais également dans d’autres domaines connexes. Lors du colloque du 16 septembre, il a été répété qu’un accompagnement social adapté doit être imaginé et organisé aux côtés des personnes surendettées pour les aider à s’en sortir. Mais dans le même temps beaucoup de mesures prises par le gouvernement fédéral ont pour conséquences de diminuer la protection sociale et conduiront à plus de difficultés financières. C’est assez paradoxal… »